samedi 9 mai 2009

NOUVELLE REALISTE


Augustine marche dans les hautes herbes des champs qui nagent au soufflent du vent.
La prairie est calme, les oiseaux chantent, les couleurs du printemps sont déjà là.
Les coquelicots sont ouverts et envahis d’un petit bourdonnement qui cesse dès lors que les insectes se déposent au cœur de cette fleur aux pétales d’un rouge étincelant.
Elles laissent s’envoler un doux parfum apaisant et s’enivrent par le chant aigu du vent.
La jeune femme vêtue de sa plus belle robe, marche gracieusement au milieu du vert foncé des arbres et du vert clair de l’herbe, des rouges des coquelicots et du jaune ensoleillé des boutons d’or.
Le ciel bleu, tacheté de coton blanc, laisse parfaitement tomber les rayons du soleil telle une coulée de neige.
C’était une femme belle, avec des yeux bleus pour les jours de beaux temps, une petite poitrine et des hanches arrondies. Elle revenait seule de la messe du Dimanche, désespérée de retrouver son mari.
Elle avait été mariée de force avec un fils de commerçants et avait permis à sa famille d’éviter une éventuelle faillite.
Elle possédait tout ce dont elle pouvait avoir besoin ; une salle de bain, une belle cuisine équipée et des couverts en porcelaine, mais ne trouvait pas d’amour auprès de cet homme bizarrement inculte, grossier et violent.
Chaque soir, après s’être promenée dans cette prairie si souriante, Augustine se retrouvait seule devant un alcoolique qui la frappait dès le moindre faux pas.
« Où q’étais-tu donc passée ?
- Je suis allée chercher des œufs en ville comme tous les Lundi chéri.
- Chercher des oe…œufs ? Tu n’vas pas donc m’faire croare qu’tu as seulement fait ça ?
- Si.
- Eh bien, voyez-vous ç’q’on a là… Une pauv’ femme même pas assez rusée pour aller s’faire engrosser par le premier v’nu ! Quelle tristesse ais-je donc là. Quand vas-tu m’donner un mioche ? »
Et chaque soir, la belle et jeune femme se faisait battre et violer par son mari qu’elle détestait.
Il ne pouvait lui donner d’enfant et cherchait absolument un père biologique pour leur futur bébé.
« Demain, dès l’aube, tu iras en ville pour te faire grosse. Mais ne me ramène en aucun cas un étranger. Je veux un homme blanc comme moi, brun et français de souche ! »
Le lendemain, au lever du soleil rose, la belle, quelque peu amochée, sortit de chez elle comme le lui avait ordonné son mari. Mais, très croyante, Augustine ne se rendit pas en ville pour coucher avec un autre homme. Elle s’arrêta donc dans la prairie qui la faisait rêver. Elle imaginait une vie paisible avec un mari aimant, des enfants autour d’eux et des éclats de rires permanents.
Cela lui permettait de s’échapper de sa vie sans goût et sans couleurs, cachée par la fortune de son homme.
Le soir, elle rentra avec un énorme bouquet fleuri et semblait heureuse. Elle accordait maintenant une importance incroyable aux petits plaisirs qu’elle pouvait rencontrer lors de ses balades qui lui permettaient de s’enfuir de ce monde superficiel et sans espoir.
« Alors, pourquoi q’donc ce sourire ? T’es allée te faire grosse, c’est ça ? Tu vas enfin nous faire sortir un môme ?
- Non, rien de tout cela, je n’ai rencontré personne sur mon chemin. Que de magnifiques fleurs et quelques papillons virevoltants et heureux.
- Pfff, arrête donc avec tes rêves tous faits ! Va donc m’faire un héritier plutôt q’d’ramasser de simples fleurs ! Tu m’as désobéi, tu auras donc ta punition ce soir. A partir de maintenant, si dans cinq mois tu n’es pas grasse et laide avec un ventre arrondi, j’te punirai par le sort égal à ta désobéissance… A toi de voir. »
Epouvantée et déprimée, Augustine semblait décidée à obéir à son mari, ne sachant quel horrible châtiment il allait lui soumettre.
Chaque jour, se rendant en ville pour trouver « un homme de souche », la jolie femme se laissait vivre, s ans attente, sans envie et sans haine. Elle devenait laide de tristesse et n’avait pas la force de coucher avec un autre homme de peur d’être envoyée en enfer. Elle priait le Seigneur pour qu’il lui donne un enfant et rentrait chez elle décomposée.
Cinq mois plus tard, les seins et le ventre d’Augustine ne s’arrondissaient pas, elle n’était toujours pas enceinte.
Un matin, alors que la prairie était triste, encore endormie sous un ciel orageux, son mari la réveilla brusquement et criant qu’elle était sotte, la frappa de toutes ses forces, jusqu’à son dernier souffle.



Joséphine VIOLLET

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